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126 | La pauvreté au Sénégal et en Éthiopie

La construction du personnage ethno-photographe au centre de l’approche
ethnographique.


La technique ethnographique reposant sur la pratique de la photographie
présuppose une phase d’installation qui consiste à effectuer une première
approche de la population étudiée à travers l’activité de photographe. Cette
approche nécessite de s’identifier comme photographe ayant pour finalité
d’obtenir des clichés révélateurs de la vie du quartier. La construction d’un
personnage facilement identifiable au regard de « l’autre », à savoir le
personnage d’ethno-photographe, constitue une technique d’approche qui
semble avoir fait ses preuves auprès d’autres anthropologues tel par exemple,
3
Laurence Wylie lorsqu’en septembre 1950, ce dernier s’installe à Peyrane dans
le Vaucluse, et utilise la photographie comme première approche :
« Ce ne fut pourtant pas comme professeur d’anglais que j’en vins à trouver ma
place la plus naturelle parmi les gens de Peyrane. Un mois après notre arrivée je
sortis mon appareil photographique et j’allais prendre des photos des pompiers
au cours de leurs exercices du dimanche matin. La semaine suivante, je faisais
tirer un lot de photos à remettre à chacun des pompiers. À partir de ce moment,
mon rôle était défini : j’étais le photographe du village » (Wylie, 1968 : 18).
Le terrain nécessite l’édification d’un réseau de relations dont l’enjeu constitue
l’accès à la connaissance. Cette dernière résulte de l’observation des phénomènes
sociaux dans leur contexte d’étude. Pour ce faire, l’anthropologue doit devenir
un observateur actif, susciter le dialogue afin de trouver l’information spécifique
qu’il recherche. Même s’il n’est pas exempte de difficultés, bien au contraire, le
choix d’apparaître comme un photographe permet de créer un rôle local à travers
lequel il devient possible de prendre part aux activités de la communauté. De
cette approche résultera une série de comportements et de choix qui définiront
pour les autres les raisons de ma présence, mon statut social et l’interprétation
culturelle d’un personnage à la fois photographe et anthropologue : mon
personnage d’ethno-photographe.
L’instauration d’une relation de confiance apparaît comme une condition
préalable à la pratique de la photographie en particulier, ainsi qu’à la réalisation
de recherches anthropologiques en général. Au Sénégal, parmi les populations
pauvres, l’apparence est un critère déterminant dans le processus de création de
relations sociales et conditionne l’aspect qualitatif de la relation. L’apparence fait
référence au corps physique et vestimentaire ainsi qu’au corps gestuel et
langagier. Au sein de la relation sociétale, le visuel tient une place prépondérante
lors du processus d’identification et d’édification relationnelle entre individus.
Ce processus est ensuite affiné à l’aide d’informations glanées sur les personnes.
L’anthropologue se révèle être sujet d’investigations et d’enquêtes. Celui-ci doit
s’assurer au mieux de la liberté de choisir ses relations. Il rencontre des
interlocuteurs compétents qui pensent savoir interpréter et faciliter ses demandes
et d’autres qui ne constituent pas d’intérêt pour la recherche. En contrepartie,
l’anthropologue doit également fournir un certain nombre d’informations sur sa
personne et veillera à revoir régulièrement l’enquêté. De cette relation de



3 Tel que le mentionne l’auteur, le nom « Peyrane » ne correspond pas au nom réel du village, celui-
ci ayant été volontairement dissimulé dans l’œuvre de l’auteur.

RIMD – n° 1 – 2011
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