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Revue de l’Institut du Monde et du Développement | 123
de réaliser un travail sur lui-même afin d’éradiquer tout exotisme, tout
ethnocentrisme. L’anthropologue ne doit plus s’étonner de rien bien que tout soit
sujet à enquête car tout évènement est social et réciproquement. Il doit
transformer une expérience de vie personnelle, son terrain, en travail
scientifique. L’anthropologue est invité à lutter quotidiennement contre
l’ethnocentrisme !
La méthodologie ethnographique présentée dans cet article repose sur la pratique
de la photographie. Celle-ci n’est pas dénuée de difficultés dont certaines font
directement référence au contenu scientifique des informations collectées à
travers un support visuel tel que l’image photographique elle-même. En
constituant le prolongement des perceptions de l’œil humain, l’image
photographique résulte directement du processus d’observation. Il est légitime de
présupposer que la photographie, par ses propres découpages du sujet observé,
peut induire des choix et ainsi contribuer à construire des objets spécifiques en
opposition avec le réel. Ce danger, bien que spécifique à tous supports
permettant la collecte des données anthropologiques, rappelle que l’image
constitue une réalité subjective car soumise à l’interprétation visuelle et
psychologique de l’observateur. Le fait de « cadrer » tel ou tel évènement
constitue en soit un découpage du réel reposant sur le choix de l’observateur.
Néanmoins, la sélection rigoureuse des sujets photographiés associée à une
technique photographique particulière et à l’analyse scientifique des éléments
recueillis permet de dépasser les limites généralement attribuées à l’image
photographique dans le cadre d’une étude ethnographique. Celle-ci constitue
ainsi un support de collecte de données dont la valeur scientifique des
informations recueillies peut surpasser celle faisant référence à d’autres supports
tel que notamment l’écriture.
Pour ce faire, la pratique de la photographie doit être considérée selon un modèle
d’étude privilégiant l’approche de la société dans sa globalité. Cette approche
induit que la société n’est pas composée d’une suite arithmétique d’individus
mais forme un tout indivisible : la société, elle-même régie par des
comportements qui lui sont propres. Ce sont ces comportements, leurs structures
et les valeurs qui s’y rapportent que l’ethnographie, à travers le support proposé :
la photographie, propose de révéler à l’anthropologue. Cette approche
conditionne la pratique de la photographie en tant que méthodologie
ethnographique. Attardons-nous tout d’abord sur les caractéristiques inhérentes à
l’exercice d’un terrain de recherches auprès des populations marginalisées de la
capitale sénégalaise et de Dire Dawa (Éthiopie), pour ensuite présenter la
méthodologie proposée et comprendre dans quelle mesure celle-ci constitue une
méthodologie ethnographique.
Les quartiers pauvres de Dakar et de Dire Dawa : un environnement
difficile pour l’investigation anthropologique
Dès les premiers instants, Dakar s’impose comme une ville déplaisante. D’une
part, sa taille, la macrocéphalie de l’urbanisation et la circulation intense rendent
l’atmosphère étouffante et les déplacements difficiles. D’autre part, les
2
sollicitations harassantes et quotidiennes des bana bana et des démarcheurs de
2 Vendeurs à la sauvette.
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de réaliser un travail sur lui-même afin d’éradiquer tout exotisme, tout
ethnocentrisme. L’anthropologue ne doit plus s’étonner de rien bien que tout soit
sujet à enquête car tout évènement est social et réciproquement. Il doit
transformer une expérience de vie personnelle, son terrain, en travail
scientifique. L’anthropologue est invité à lutter quotidiennement contre
l’ethnocentrisme !
La méthodologie ethnographique présentée dans cet article repose sur la pratique
de la photographie. Celle-ci n’est pas dénuée de difficultés dont certaines font
directement référence au contenu scientifique des informations collectées à
travers un support visuel tel que l’image photographique elle-même. En
constituant le prolongement des perceptions de l’œil humain, l’image
photographique résulte directement du processus d’observation. Il est légitime de
présupposer que la photographie, par ses propres découpages du sujet observé,
peut induire des choix et ainsi contribuer à construire des objets spécifiques en
opposition avec le réel. Ce danger, bien que spécifique à tous supports
permettant la collecte des données anthropologiques, rappelle que l’image
constitue une réalité subjective car soumise à l’interprétation visuelle et
psychologique de l’observateur. Le fait de « cadrer » tel ou tel évènement
constitue en soit un découpage du réel reposant sur le choix de l’observateur.
Néanmoins, la sélection rigoureuse des sujets photographiés associée à une
technique photographique particulière et à l’analyse scientifique des éléments
recueillis permet de dépasser les limites généralement attribuées à l’image
photographique dans le cadre d’une étude ethnographique. Celle-ci constitue
ainsi un support de collecte de données dont la valeur scientifique des
informations recueillies peut surpasser celle faisant référence à d’autres supports
tel que notamment l’écriture.
Pour ce faire, la pratique de la photographie doit être considérée selon un modèle
d’étude privilégiant l’approche de la société dans sa globalité. Cette approche
induit que la société n’est pas composée d’une suite arithmétique d’individus
mais forme un tout indivisible : la société, elle-même régie par des
comportements qui lui sont propres. Ce sont ces comportements, leurs structures
et les valeurs qui s’y rapportent que l’ethnographie, à travers le support proposé :
la photographie, propose de révéler à l’anthropologue. Cette approche
conditionne la pratique de la photographie en tant que méthodologie
ethnographique. Attardons-nous tout d’abord sur les caractéristiques inhérentes à
l’exercice d’un terrain de recherches auprès des populations marginalisées de la
capitale sénégalaise et de Dire Dawa (Éthiopie), pour ensuite présenter la
méthodologie proposée et comprendre dans quelle mesure celle-ci constitue une
méthodologie ethnographique.
Les quartiers pauvres de Dakar et de Dire Dawa : un environnement
difficile pour l’investigation anthropologique
Dès les premiers instants, Dakar s’impose comme une ville déplaisante. D’une
part, sa taille, la macrocéphalie de l’urbanisation et la circulation intense rendent
l’atmosphère étouffante et les déplacements difficiles. D’autre part, les
2
sollicitations harassantes et quotidiennes des bana bana et des démarcheurs de
2 Vendeurs à la sauvette.
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