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Revue de l’Institut du Monde et du Développement | 125
tensions résiduelles de conflits et d’affrontements sporadiques avec divers
éléments armés. Ces éléments constituent une difficulté supplémentaire à la
réalisation d’un terrain anthropologique à Dire Dawa. En effet, les autorités
restent méfiantes vis-à-vis de la présence d’étrangers et plus encore lorsque ces
derniers s’adonnent à des recherches sur un sujet sensible tel que la pauvreté et
les déplacements de populations au niveau régional. Le sujet de mes recherches
m’a valu de devoir répondre aux nombreux questionnements relatifs tant aux
raisons de ma présence en ces lieux qu’à la finalité de mes recherches. Par
ailleurs, le risque d’attentat est réel. En juin 2002, Dire Dawa a fait l’objet d’un
attentat à la bombe revendiqué par le Front de libération Oromo, attentat qui n’a
fait cependant aucune victime. Plus récemment, quelques semaines après la
réalisation de mon terrain, en mai 2008, un attentat meurtrier a frappé la capitale
Addis-Abeba.
Le flux de réfugiés en provenance de la région de l’Ogaden et de la Somalie
constitue une problématique pour les autorités éthiopiennes. Conséquemment, ce
flux est à l’origine d’un important accroissement de la population de Dire Dawa.
La plupart des migrants investissent les quartiers périphériques, ce qui contribue
à développer une occupation « anarchique » de l’espace urbain. Par ailleurs, la
forte concentration de la population est accompagnée d’une augmentation des
conditions de précarité sanitaire et d’insécurité dans les quartiers pauvres et les
faubourgs.
La problématique des réfugiés reste encore un sujet tabou pour l’administration
éthiopienne. Cette dernière reste réticente lorsqu’il s’agit de reconnaître les
besoins de ces populations et leur situation de précarité économique et sociale.
En effet, lors de mon terrain, malgré mes nombreuses rencontres avec les
autorités administratives, ces dernières sont restées très « discrètes » vis-à-vis
des problématiques rencontrées par les populations réfugiées. Même lorsque, sur
mon initiative, leur situation de précarité des populations réfugiées a été abordée,
mes interrogations n’ont pas trouvé d’écho auprès des autorités locales et
régionales.
Bien que ces difficultés s’atténuent après une longue période d’immersion,
l’anthropologue reste confronté au regard des populations observées, devenant
lui-même sujet d’étude de la communauté qu’il veut étudier. Cette particularité
propre à tout terrain ethnographique impose à l’anthropologue de construire une
méthodologie spécifique considérant les caractéristiques de son terrain tout en
étant en concordance avec sa personnalité. En ce qui me concerne, j’ai choisi
d’apparaître comme photographe. Ce choix a deux finalités. D’une part, limiter
les interrogations sur ma personne par une activité compréhensible de tous et,
d’autre part, légitimer ma présence tout en créant un rôle au sein de la
communauté, autrement dit, en devant acteur. En effet, d’une façon générale, se
présenter comme anthropologue est souvent mal perçu, le travail de celui-ci reste
difficilement compréhensible, voir flou par des personnes étrangères au domaine
de l’anthropologie, ceci étant tout aussi avéré en Europe. Choisir d’apparaître
comme photographe est ainsi un moyen de lever les ambiguïtés relatives à ma
présence et d’être acteur tout en me permettant de conserver une certaine liberté
dans la réalisation de mes recherches. Cette démarche amène toutefois le
chercheur à s’interroger sur la construction d’un rôle, à savoir, dans le cas
présent celui qui incombe à mon personnage que j’ai nommé l’ethno-
photographe.
RIMD – n° 1 – 2011
tensions résiduelles de conflits et d’affrontements sporadiques avec divers
éléments armés. Ces éléments constituent une difficulté supplémentaire à la
réalisation d’un terrain anthropologique à Dire Dawa. En effet, les autorités
restent méfiantes vis-à-vis de la présence d’étrangers et plus encore lorsque ces
derniers s’adonnent à des recherches sur un sujet sensible tel que la pauvreté et
les déplacements de populations au niveau régional. Le sujet de mes recherches
m’a valu de devoir répondre aux nombreux questionnements relatifs tant aux
raisons de ma présence en ces lieux qu’à la finalité de mes recherches. Par
ailleurs, le risque d’attentat est réel. En juin 2002, Dire Dawa a fait l’objet d’un
attentat à la bombe revendiqué par le Front de libération Oromo, attentat qui n’a
fait cependant aucune victime. Plus récemment, quelques semaines après la
réalisation de mon terrain, en mai 2008, un attentat meurtrier a frappé la capitale
Addis-Abeba.
Le flux de réfugiés en provenance de la région de l’Ogaden et de la Somalie
constitue une problématique pour les autorités éthiopiennes. Conséquemment, ce
flux est à l’origine d’un important accroissement de la population de Dire Dawa.
La plupart des migrants investissent les quartiers périphériques, ce qui contribue
à développer une occupation « anarchique » de l’espace urbain. Par ailleurs, la
forte concentration de la population est accompagnée d’une augmentation des
conditions de précarité sanitaire et d’insécurité dans les quartiers pauvres et les
faubourgs.
La problématique des réfugiés reste encore un sujet tabou pour l’administration
éthiopienne. Cette dernière reste réticente lorsqu’il s’agit de reconnaître les
besoins de ces populations et leur situation de précarité économique et sociale.
En effet, lors de mon terrain, malgré mes nombreuses rencontres avec les
autorités administratives, ces dernières sont restées très « discrètes » vis-à-vis
des problématiques rencontrées par les populations réfugiées. Même lorsque, sur
mon initiative, leur situation de précarité des populations réfugiées a été abordée,
mes interrogations n’ont pas trouvé d’écho auprès des autorités locales et
régionales.
Bien que ces difficultés s’atténuent après une longue période d’immersion,
l’anthropologue reste confronté au regard des populations observées, devenant
lui-même sujet d’étude de la communauté qu’il veut étudier. Cette particularité
propre à tout terrain ethnographique impose à l’anthropologue de construire une
méthodologie spécifique considérant les caractéristiques de son terrain tout en
étant en concordance avec sa personnalité. En ce qui me concerne, j’ai choisi
d’apparaître comme photographe. Ce choix a deux finalités. D’une part, limiter
les interrogations sur ma personne par une activité compréhensible de tous et,
d’autre part, légitimer ma présence tout en créant un rôle au sein de la
communauté, autrement dit, en devant acteur. En effet, d’une façon générale, se
présenter comme anthropologue est souvent mal perçu, le travail de celui-ci reste
difficilement compréhensible, voir flou par des personnes étrangères au domaine
de l’anthropologie, ceci étant tout aussi avéré en Europe. Choisir d’apparaître
comme photographe est ainsi un moyen de lever les ambiguïtés relatives à ma
présence et d’être acteur tout en me permettant de conserver une certaine liberté
dans la réalisation de mes recherches. Cette démarche amène toutefois le
chercheur à s’interroger sur la construction d’un rôle, à savoir, dans le cas
présent celui qui incombe à mon personnage que j’ai nommé l’ethno-
photographe.
RIMD – n° 1 – 2011

