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Revue de l’Institut du Monde et du Développement | 129

de faire tomber les premières réticences, qui, dans de nombreux cas s’avèrent
constituer plus une forme de négociation qu’une réelle objection vis-à-vis de
l’action du photographe en particulier et de la photographie en général. Ce n’est
qu’après des visites régulières et un temps de présence conséquent parmi la
population étudiée qu’un sentiment de confiance mutuelle, bien que relatif, peut
être établi. C’est à ce moment précis que débute la prise de vue photographique.
Ayant pour souci de maximiser le contenu informatif de l’image, l’activité
photographique repose sur la spontanéité du sujet. Ceci permet de limiter les
comportements construits du sujet. Cette exigence contraint d’effectuer la mise
au point au préalable sans donner d’indication quant au moment du
déclenchement de l’obturateur. Pour atteindre ce résultat, la prise de vue doit être
aussi naturelle que possible, l’appareil doit alors faire corps avec le photographe
et sa présence doit être oubliée du sujet. Afin de privilégier la spontanéité du
sujet, véritable « obsession » dans mon travail, la prise de vue s’effectue dans la
continuité du mouvement, c’est l’ethno-photographe qui s’adapte à son sujet et
non l’inverse. Cette technique a pour fonction d’insérer la photographie au cœur
de la situation observée afin de permettre au spectateur d’avoir un contact
privilégié avec le sujet reposant sur le caractère intimiste suscité par la proximité
de l’observation exprimée à travers l’image photographique. La spontanéité et le
mouvement soulignés par celle-ci permettent de ne pas rompre l’instant, c’est-à-
dire de ne pas imposer un temps spécifique que l’on pourrait qualifier de temps
photographique, mais au contraire, d’insérer la pratique de la photographie dans
l’action, dans le mouvement, dans la scène observée. Même si la scène est figée,
la photographie témoigne de la continuité du mouvement et constitue un
témoignage du vécu.
La technique photographique a pour finalité de mettre en évidence le premier et
le second plans. Ceci nécessite une certaine maîtrise de l’ouverture de
diaphragme en privilégiant une grande ouverture de champ afin de détacher le
premier plan, du second et du troisième. Cette technique photographique insérée
dans l’environnement sociétal in situ exige une certaine confiance en soit. La
condition sine qua non de l’approche photographique implique que le
photographe soit lui-même parfaitement sûr de lui et puisse rassurer le sujet
jusqu’à susciter à ce dernier l’oubli du rôle du photographe et à se présenter lui-
même comme un partenaire de dialogue, de communication. Parfois, un simple
regard suffit et s’avère être plus significatif que le discours. Cette approche
nécessite d’être acteur de la scène observée, autrement dit de développement une
approche participative.
Pour “fixer” l’événement sur la pellicule, je privilégie l’utilisation de films
professionnels argentiques noir & blanc de faible et moyenne sensibilité (de 125
ASA à 400 ASA). Le choix de la sensibilité du film dépend des conditions de
luminosité. Par ailleurs, l’utilisation d’un objectif de 100 mm a l’avantage de ne
pas déformer le sujet. En effet, il conserve les proportions naturelles du sujet et
contribue donc à préserver l’expression originelle des corps. L’utilisation de ce
type de matériel et le recours à cette technique contraint le photographe à se tenir
à une distance proche du sujet observé, l’astreignant à réaliser un cadrage serré.
La distance du photographe par rapport au sujet s’insère dans une relation
intimiste car elle est à la fois très proche du sujet et pourtant suffisamment
éloignée afin de préserver toute liberté d’action. C’est une relation sociale, un
dialogue au sein duquel l’ethno-photographe doit trouver sa place : ni trop près


RIMD – n° 1 – 2011
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