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Revue de l’Institut du Monde et du Développement | 131
Un autre sujet photographique retenu est l’appropriation de l’espace par les
enfants et les adultes en situation de pauvreté. Au cours de mes précédents
terrains, j’ai constaté que les endroits ravagés et insalubres sont devenus des
terrains de jeux, des lieux d’habitation et de vie pour les populations établies en
de tels lieux. En soulignant cette faculté de l’intellect, les clichés
photographiques insistent sur l’une des dimensions culturelles de la pauvreté en
témoignant de la faculté de transformer un espace hostile en lieu de vie.
S’essayer à figer ces aspects de la vie sociale contribue à faire de la photographie
une véritable ethnographie.
L’image photographique constitue une représentation et plus particulièrement,
dans le cas de son utilisation en tant que méthode ethnographique, elle est une
représentation permettant une réinterprétation scientifique des phénomènes
sociaux observés lors de la réalisation du terrain. À travers sa valeur scientifique,
l’image photographique devient mouvement. La fiabilité de la méthode
ethnographique dépend autant de ce qui est observé ou constaté que de ce qui est
retenu, analysé puis signifié. En tant que document ethnographique, l’image
permet de conserver vivante l’observation car elle contient la totalité de
l’observation et même plus, elle contient l’inconscient du sujet : son présent, son
passé, et son devenir. L’activité photographique dans le cadre de recherches en
sciences sociales en général et en anthropologie en particulier nécessite de faire
fi de tout sentimentalisme et de morale bon marché. En prenant sa photographie,
l’ethno-photographe doit éliminer les a priori du cadre pour ne fixer sur la
pellicule que la substance contenant le sens de la scène, du comportement
observé. Alors la photographie va aller au-delà du regard du chercheur en
révélant à travers l’analyse ce qui n’était pas observable au moment de la prise
de vue. Il va mettre à jour le détail et le rendre intelligible au spectateur : il va
révéler l’inconscient contenu dans l’image photographique. L’image
ethnographique n’obéit alors à aucune intention autre que celle de constituer un
témoignage du vécu, de la vie. L’image ethnographique est un monde en elle-
même.
Lorsque la technique photographique est adaptée à une situation spécifique de
terrain anthropologique, elle constitue un support de collecte de données
scientifiques particulièrement riche d’informations. Néanmoins, pour le devenir,
elle doit être comprise dans une relation à l’autre et résulter d’une méthodologie
qui intègre les spécificités inhérentes tant au terrain qu’à l’anthropologue. C’est
alors que la photographie contribue à révéler avec une rigueur scientifique le
quotidien de la pauvreté.
Références bibliographiques
AGIER Michel, Anthropologues en dangers – L’engagement sur le terrain,
Éditions Jean-Michel Place, Paris, 1997.
BELMONT Nicole, « L’expérience d’Oscar Lewis, romancier anthropologue »,
Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1967, vol. 22, n° 3, pp. 620-623.
BIDIMA Jean-Godefroy, La Palabre. Une juridiction de la parole, Michalon,
Paris, 1997.
BOUILLON Florence, FRESIA Marion & TALLIO Virginie (sous la dir.),
Terrains sensibles, Dossiers africains, Paris, 2006.
RIMD – n° 1 – 2011
Un autre sujet photographique retenu est l’appropriation de l’espace par les
enfants et les adultes en situation de pauvreté. Au cours de mes précédents
terrains, j’ai constaté que les endroits ravagés et insalubres sont devenus des
terrains de jeux, des lieux d’habitation et de vie pour les populations établies en
de tels lieux. En soulignant cette faculté de l’intellect, les clichés
photographiques insistent sur l’une des dimensions culturelles de la pauvreté en
témoignant de la faculté de transformer un espace hostile en lieu de vie.
S’essayer à figer ces aspects de la vie sociale contribue à faire de la photographie
une véritable ethnographie.
L’image photographique constitue une représentation et plus particulièrement,
dans le cas de son utilisation en tant que méthode ethnographique, elle est une
représentation permettant une réinterprétation scientifique des phénomènes
sociaux observés lors de la réalisation du terrain. À travers sa valeur scientifique,
l’image photographique devient mouvement. La fiabilité de la méthode
ethnographique dépend autant de ce qui est observé ou constaté que de ce qui est
retenu, analysé puis signifié. En tant que document ethnographique, l’image
permet de conserver vivante l’observation car elle contient la totalité de
l’observation et même plus, elle contient l’inconscient du sujet : son présent, son
passé, et son devenir. L’activité photographique dans le cadre de recherches en
sciences sociales en général et en anthropologie en particulier nécessite de faire
fi de tout sentimentalisme et de morale bon marché. En prenant sa photographie,
l’ethno-photographe doit éliminer les a priori du cadre pour ne fixer sur la
pellicule que la substance contenant le sens de la scène, du comportement
observé. Alors la photographie va aller au-delà du regard du chercheur en
révélant à travers l’analyse ce qui n’était pas observable au moment de la prise
de vue. Il va mettre à jour le détail et le rendre intelligible au spectateur : il va
révéler l’inconscient contenu dans l’image photographique. L’image
ethnographique n’obéit alors à aucune intention autre que celle de constituer un
témoignage du vécu, de la vie. L’image ethnographique est un monde en elle-
même.
Lorsque la technique photographique est adaptée à une situation spécifique de
terrain anthropologique, elle constitue un support de collecte de données
scientifiques particulièrement riche d’informations. Néanmoins, pour le devenir,
elle doit être comprise dans une relation à l’autre et résulter d’une méthodologie
qui intègre les spécificités inhérentes tant au terrain qu’à l’anthropologue. C’est
alors que la photographie contribue à révéler avec une rigueur scientifique le
quotidien de la pauvreté.
Références bibliographiques
AGIER Michel, Anthropologues en dangers – L’engagement sur le terrain,
Éditions Jean-Michel Place, Paris, 1997.
BELMONT Nicole, « L’expérience d’Oscar Lewis, romancier anthropologue »,
Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1967, vol. 22, n° 3, pp. 620-623.
BIDIMA Jean-Godefroy, La Palabre. Une juridiction de la parole, Michalon,
Paris, 1997.
BOUILLON Florence, FRESIA Marion & TALLIO Virginie (sous la dir.),
Terrains sensibles, Dossiers africains, Paris, 2006.
RIMD – n° 1 – 2011

