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116 | Les finances publiques malgaches

La grande île a commencé à perdre sa crédibilité et la réaction des bailleurs de
fonds ne se fait pas attendre.
Sans vouloir minimiser l’action populaire ou la conscience citoyenne dont le
peuple malgache a fait preuve, c’était surtout l’influence et l’exigence venant de
l’extérieur, plus précisément des bailleurs de fonds internationaux, qui ont fait
que la réforme a été adoptée et consacrée en un temps très court. Dorénavant, il
n’est plus question de budget de moyens, l’outil de la nouvelle politique
budgétaire est désormais le budget de programmes. L’objectif était de rendre
plus visible et plus transparente la gestion des deniers publics, de permettre enfin
l’identification et la mesure de la performance, d’optimiser les apports des
gestionnaires en les responsabilisant sur la performance de leur gestion. Après
cinq ans, où en est-on et quelle est la situation ?
Sur cette période, la réforme a pu rétablir la crédibilité de Madagascar sur le plan
international. La preuve en est qu’une grande partie de la dette publique
malgache a été effacée. Il s’agissait des allégements s’élevant au total à 171,3
3
milliards Ariary (856,8 milliards Francs malgache) , allégements que
Madagascar a pu bénéficier car elle atteint le point d’achèvement dans le cadre
de l’initiative pour les pays pauvres très endettés. Mais malgré cette confiance
retrouvée, des interpellations et remises à l’ordre venant de l’extérieur se sont
succédé.
Mais le plus important c’est que la réforme n’a pas su rassurer les gouvernés, la
méfiance a persisté (cette situation est toujours d’actualité). Ce qui indique que la
crise de performance mentionnée ci-dessus demeure. Il faut tout de même faire la
part des choses.
Sur le plan interne, ce n’est pas tellement la réforme qui a échoué, au contraire ce
système a permis de se rendre compte de l’insuffisance et du handicap de la
politique publique sur le plan budgétaire et financier. En même temps, sur la
question de transparence et de contrôle, la réforme a permis de disséquer les
moindres anomalies si bien que même la gestion des fonds spéciaux supposée à
l’abri de tout contrôle et légalement protégée n’a pas échappé aux critiques
acerbes des médias, des économistes et des observateurs.
Sur ce point, le nouveau système est infaillible mais comme il a été élaboré pour
améliorer le système budgétaire, la politique financière est restée inchangée et
n’a pas suivi l’évolution ainsi entamée pour la politique budgétaire. Certes, la
volonté d’un changement a toujours été palpable. On a mis en avant des objectifs
comme la rationalisation du système fiscal et douanier, la meilleure gestion des
dépenses publiques et la maîtrise du déficit public.
Cependant, les finances publiques malgaches n’ont jamais su surpasser le
problème de l’état désastreux de l’équilibre budgétaire.
Les dépenses publiques sont dénoncées par une population accablée par la
pauvreté. Le déficit budgétaire est de plus en plus important chaque année, ce qui
n’est pas forcément un indicateur de mauvaise gouvernance. Les pouvoirs
publics ont même tenté de le justifier par les programmes sociaux ambitieux de
l’État qui a pesé lourdement sur le budget de ce dernier. Seulement, la hausse des
prix des denrées alimentaires, les divers problèmes sociaux (la défaillance de la
scolarisation, la santé publique…) ont renforcé la méfiance de l’opinion
publique.

3 Soit 58,09 millions Droit de Tirage Spéciaux ou encore 12,852 millions Euros.

RIMD – n° 1 – 2011
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