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Revue de l’Institut du Monde et du Développement | 161

Quoiqu’il en soit, à son époque, Guillaume II a grandement participé à plon-
ger le monde dans la guerre la plus dévastatrice de l’histoire de l’humanité,
incarnant alors le péril jaune qu’il avait lui-même dénoncé avec tant
d’insistance. Ceci donne raison à Edmond Thierry et René Pinon qui prédi-
saient que le péril jaune fait de nos incapacités à dépasser nos égoïsmes na-
tionaux et nos rivalités économiques et commerciales était en nous. Ceci
montre aussi une fois de plus que le danger vient rarement d’où on l’attend.
Aujourd’hui, le visage politique de l’Europe souffre moins de la jaunisse que
de la démagogie des dirigeants qui l’ont anesthésié par un endettement ex-
cessif pour masquer leur incompétence à affronter les réajustements qui
s’imposaient pour mieux affronter l’avenir. Les changements se font toujours
plus rapidement qu’anticipé, y compris le changement climatique, montrant
que les experts ne se sont jamais autant trompés. Nous campons maintenant
sur un amoncellement de décombres en terme de certitude, si bien que tout
est possible, y compris le pire. Comme l’homme qui n’a guère changé malgré
les enseignements du passé, continue à privilégier son intérêt immédiat à la
survie de sa propre espèce, et que les guerres économiques remplacent provi-
soirement les conflits armés, les périls, qu’ils soient jaunes ou autres, obscur-
cissent toujours les consciences où se reflète le miroir inversé de l’histoire
donnant une vision de mondes qui s’observent et peinent à se comprendre. Si
certains, en évoquant l’alternance naturelle des cycles, pensent que l’Europe
n’est pas encore tombée assez bas pour trouver en elle-même la force de
rebondir, nous devons nous attendre à affronter d’autres tempêtes.
































RIMD – n o 3 – 2012
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