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160 | Le péril jaune est en nous
plus le contrepoids. Orens nous présente alors Guillaume II tel un aigle te-
94
nant le globe terrestre dans ses griffes : « L’autre péril Guillaume II » . On
note que l’Allemagne vient de remplacer le Japon dans les représentations
caractéristiques de la domination planétaire illustrée par la possession du
globe. À Londres, on redoute que Berlin ne profite de son avantage diploma-
tique pour se faire accorder un port sur les côtes marocaines. L’attitude
agressive de Guillaume II ne fait que renforcer le traité de l’Entente cordiale
signé le 8 avril 1904 entre l’Angleterre et la France. En 1907, c’est au tour de
la Russie de rejoindre l’alliance franco-britannique. Guillaume II qui a
échoué dans son rêve de fédérer l’Europe autour de sa personne, ne décolère
pas. Criant à l’encerclement, il accélère le rythme de ses armements.
En 1914, dans le dessin satirique, on se souvient du tableau exécuté en 1895
à la demande du Kaiser pour illustrer le péril jaune. Aussi, en inversant la
symbolique de la représentation, passe-t-on du péril jaune au péril germa-
nique qui est devenu une réalité. Sur une composition d’André Robert ac-
compagnée d’un long texte de Monpelas de Dax, intitulée « Péril jaune et
péril germain », ce sont maintenant les Allemands qui, à la place des Asia-
tiques, mettent l’Europe à feu et à sang. Dans le dessin satirique, tous les
anciens clichés du péril jaune se trouvent transposés à l’Allemagne. Par un
surprenant effet de stéréotype à bascule, c’est maintenant le Kaiser qui in-
carne le péril qu’il dénonçait. À la place du Chinois ou du Japonais, il est
maintenant représenté avec un couteau entre les dents. Pour mieux combattre
ce nouveau péril, on lui oppose un autre péril, le « péril nègre » figuré par un
Turco (soldat noir des armées d’Afrique) un couteau entre les dents et portant
95
fièrement une tête tranchée de Boche . En novembre 1914, sur la possession
allemande de Kiao-Tchéou, les Japonais prennent Tsing-Tao. En France, on
s’en réjouit. Aussi, découvre-t-on Guillaume II victime du péril jaune qu’il
96
avait lui-même dénoncé avec tant d’ardeur .
Aujourd’hui, la Chine souhaiterait-elle inconsciemment se venger des humi-
liations passées en usant des mêmes méthodes impérialistes orchestrées par
e
e
les grandes puissances européennes aux XIX et XX siècles ? Si la réponse
n’est pas évidente, il est clair qu’elle ambitionne de retrouver son ancien
statut de grande puissance d’avant l’irruption des Européens sur son terri-
toire. Dans l’échec de son rêve à fédérer contre le péril jaune, l’Europe au-
tour de sa personne par la voie diplomatique, Guillaume II en serait-il devenu
l’acteur inconscient en 1914 en tentant de réaliser ce rêve par la force ?
o
94 Orens, Burin Satirique n 10, 1905, eau-forte tirée à 250 exemplaires.
95 Carte postale, La Moisson de Boudou-Badabou, 1914.
96 L'Actualiste 1914, n 66. Par Orens. C'est sous le regard amusé du Chinois, que, d'un
o
vigoureux coup de pied au derrière, le Nippon chasse le Kaiser de Tsing-Tao. Légende :
« Son péril jaune dévoilé par la prise de Tsin-Thao par les Japonais ».
RIMD – n o 3 – 2012
plus le contrepoids. Orens nous présente alors Guillaume II tel un aigle te-
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nant le globe terrestre dans ses griffes : « L’autre péril Guillaume II » . On
note que l’Allemagne vient de remplacer le Japon dans les représentations
caractéristiques de la domination planétaire illustrée par la possession du
globe. À Londres, on redoute que Berlin ne profite de son avantage diploma-
tique pour se faire accorder un port sur les côtes marocaines. L’attitude
agressive de Guillaume II ne fait que renforcer le traité de l’Entente cordiale
signé le 8 avril 1904 entre l’Angleterre et la France. En 1907, c’est au tour de
la Russie de rejoindre l’alliance franco-britannique. Guillaume II qui a
échoué dans son rêve de fédérer l’Europe autour de sa personne, ne décolère
pas. Criant à l’encerclement, il accélère le rythme de ses armements.
En 1914, dans le dessin satirique, on se souvient du tableau exécuté en 1895
à la demande du Kaiser pour illustrer le péril jaune. Aussi, en inversant la
symbolique de la représentation, passe-t-on du péril jaune au péril germa-
nique qui est devenu une réalité. Sur une composition d’André Robert ac-
compagnée d’un long texte de Monpelas de Dax, intitulée « Péril jaune et
péril germain », ce sont maintenant les Allemands qui, à la place des Asia-
tiques, mettent l’Europe à feu et à sang. Dans le dessin satirique, tous les
anciens clichés du péril jaune se trouvent transposés à l’Allemagne. Par un
surprenant effet de stéréotype à bascule, c’est maintenant le Kaiser qui in-
carne le péril qu’il dénonçait. À la place du Chinois ou du Japonais, il est
maintenant représenté avec un couteau entre les dents. Pour mieux combattre
ce nouveau péril, on lui oppose un autre péril, le « péril nègre » figuré par un
Turco (soldat noir des armées d’Afrique) un couteau entre les dents et portant
95
fièrement une tête tranchée de Boche . En novembre 1914, sur la possession
allemande de Kiao-Tchéou, les Japonais prennent Tsing-Tao. En France, on
s’en réjouit. Aussi, découvre-t-on Guillaume II victime du péril jaune qu’il
96
avait lui-même dénoncé avec tant d’ardeur .
Aujourd’hui, la Chine souhaiterait-elle inconsciemment se venger des humi-
liations passées en usant des mêmes méthodes impérialistes orchestrées par
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les grandes puissances européennes aux XIX et XX siècles ? Si la réponse
n’est pas évidente, il est clair qu’elle ambitionne de retrouver son ancien
statut de grande puissance d’avant l’irruption des Européens sur son terri-
toire. Dans l’échec de son rêve à fédérer contre le péril jaune, l’Europe au-
tour de sa personne par la voie diplomatique, Guillaume II en serait-il devenu
l’acteur inconscient en 1914 en tentant de réaliser ce rêve par la force ?
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94 Orens, Burin Satirique n 10, 1905, eau-forte tirée à 250 exemplaires.
95 Carte postale, La Moisson de Boudou-Badabou, 1914.
96 L'Actualiste 1914, n 66. Par Orens. C'est sous le regard amusé du Chinois, que, d'un
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vigoureux coup de pied au derrière, le Nippon chasse le Kaiser de Tsing-Tao. Légende :
« Son péril jaune dévoilé par la prise de Tsin-Thao par les Japonais ».
RIMD – n o 3 – 2012

