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Revue de l’Institut du Monde et du Développement | 159
maintenant hostiles au Japon, la Russie ne perd pas un pouce de territoire
(hormis la partie méridionale de Sakkaline), et le traité se fait donc au détri-
ment de la Chine. La Russie parvient même à ne pas payer d’indemnité de
guerre au Japon. Dans la presse russe, on évoque le spectre du péril jaune qui
constituerait une menace pour la race blanche si la victoire du Japon était
trop éclatante. Dans la presse japonaise, on stigmatise cet argument qui est
considéré comme une véritable insulte à l’intelligence : « Cette invocation
par la Russie, à visage découvert, des préjugés raciaux, du Péril jaune, afin
d’éviter l’humiliation d’avoir à verser des indemnités de guerre, est une fi-
91
celle trop grosse pour n’abuser personne » . Roosevelt qui ne souhaitait pas
une victoire trop éclatante du Japon, est parvenu à ses fins. Il a su modérer
les exigences du pays du Soleil Levant. Lorsque le peuple japonais apprend
les conditions de paix, de violentes émeutes éclatent à Tokyo, Yokohama et
Nagasaki. Le ministère de l’Intérieur est incendié, les concessions obtenues
étant jugées insuffisantes. Le gouvernement n’ose plus présenter le traité au
parlement et la loi martiale est proclamée à Tokyo. Après leur médiation, les
Américains recueillent la haine inexpiable du peuple japonais déçu dans ses
ambitions et frustré du bénéfice de ses victoires. La lutte entre les États-Unis
et le Japon pour le Pacifique commence. Les Américains devinent déjà qu’il
faudra le disputer aux escadres de l’amiral Togo et de ses émules. Aussi,
dans la caricature, à la suite des troubles antinippons qui éclatent en Califor-
nie, Mutsu-Hito et Roosevelt s’affrontent-ils haineusement. Légende : « Se
92
mangeront-ils le nez ? » En cas de guerre l’utilité du canal de Panama est
évidente. En novembre 1906, Roosevelt qui va recevoir le prix Nobel de la
paix pour son intervention pacificatrice, visite les chantiers de percement de
l’isthme. En 1908, Louis Aubert constate que le centre de gravité de
l’histoire n’est plus situé en Méditerranée ou dans l’Atlantique, mais dans le
Pacifique mettant face à face le Japon et l’Amérique qui est maintenant « le
93
tenant de la race blanche » .
XXII. Un autre péril
Finalement, en France, à propos du péril jaune, toutes les craintes évoquées
paraissent vaines dans un avenir immédiat, car le danger le plus pressant ne
semble plus venir du lointain Japon, mais de la proche Allemagne. Profitant
de la défaite des Russes à Moukden, le 31 mars 1905, Guillaume II ayant
débarqué à Tanger, déclare vouloir défendre les intérêts de l’Allemagne au
Maroc. En France, on craint une guerre à un moment où l’alliée russe ne fait
91 La Japan Gazette, 2 juin 1905.
o
92 Série couleur de Molynk, n 121, décembre 1906, Lithographie aquarellée.
93 Louis Aubert, Américains et Japonais, A. Colin, 1908.
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maintenant hostiles au Japon, la Russie ne perd pas un pouce de territoire
(hormis la partie méridionale de Sakkaline), et le traité se fait donc au détri-
ment de la Chine. La Russie parvient même à ne pas payer d’indemnité de
guerre au Japon. Dans la presse russe, on évoque le spectre du péril jaune qui
constituerait une menace pour la race blanche si la victoire du Japon était
trop éclatante. Dans la presse japonaise, on stigmatise cet argument qui est
considéré comme une véritable insulte à l’intelligence : « Cette invocation
par la Russie, à visage découvert, des préjugés raciaux, du Péril jaune, afin
d’éviter l’humiliation d’avoir à verser des indemnités de guerre, est une fi-
91
celle trop grosse pour n’abuser personne » . Roosevelt qui ne souhaitait pas
une victoire trop éclatante du Japon, est parvenu à ses fins. Il a su modérer
les exigences du pays du Soleil Levant. Lorsque le peuple japonais apprend
les conditions de paix, de violentes émeutes éclatent à Tokyo, Yokohama et
Nagasaki. Le ministère de l’Intérieur est incendié, les concessions obtenues
étant jugées insuffisantes. Le gouvernement n’ose plus présenter le traité au
parlement et la loi martiale est proclamée à Tokyo. Après leur médiation, les
Américains recueillent la haine inexpiable du peuple japonais déçu dans ses
ambitions et frustré du bénéfice de ses victoires. La lutte entre les États-Unis
et le Japon pour le Pacifique commence. Les Américains devinent déjà qu’il
faudra le disputer aux escadres de l’amiral Togo et de ses émules. Aussi,
dans la caricature, à la suite des troubles antinippons qui éclatent en Califor-
nie, Mutsu-Hito et Roosevelt s’affrontent-ils haineusement. Légende : « Se
92
mangeront-ils le nez ? » En cas de guerre l’utilité du canal de Panama est
évidente. En novembre 1906, Roosevelt qui va recevoir le prix Nobel de la
paix pour son intervention pacificatrice, visite les chantiers de percement de
l’isthme. En 1908, Louis Aubert constate que le centre de gravité de
l’histoire n’est plus situé en Méditerranée ou dans l’Atlantique, mais dans le
Pacifique mettant face à face le Japon et l’Amérique qui est maintenant « le
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tenant de la race blanche » .
XXII. Un autre péril
Finalement, en France, à propos du péril jaune, toutes les craintes évoquées
paraissent vaines dans un avenir immédiat, car le danger le plus pressant ne
semble plus venir du lointain Japon, mais de la proche Allemagne. Profitant
de la défaite des Russes à Moukden, le 31 mars 1905, Guillaume II ayant
débarqué à Tanger, déclare vouloir défendre les intérêts de l’Allemagne au
Maroc. En France, on craint une guerre à un moment où l’alliée russe ne fait
91 La Japan Gazette, 2 juin 1905.
o
92 Série couleur de Molynk, n 121, décembre 1906, Lithographie aquarellée.
93 Louis Aubert, Américains et Japonais, A. Colin, 1908.
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