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Revue de l’Institut du Monde et du Développement | 155

Japon – tombant sur les Blancs ; ce serait une catastrophe soudaine, irrémé-
diable, à laquelle il faudrait se résigner ; une digue qui se rompt, un flot jau-
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nâtre recouvrant d’un coup notre civilisation toute blanche » . La guerre des
races, c’est le titre que l’on découvre précisément sur certaines caricatures du
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conflit russo-japonais . F. Martin écrivait déjà avant le début des hostilités :
« La première tendance qui domine dans l’esprit du Japonais est le mépris de
la vie, qui fait de lui un soldat de premier ordre. La seconde tendance qui
domine dans l’âme japonaise est un orgueil extrême, une conscience de la
supériorité du Nippon, de l’Empire du soleil levant sur tous les pays du
monde, et de la race japonaise sur toutes les races asiatiques et euro-
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péennes » .
Marlène Laruelle écrit que « les discours occidentaux sont ambigus dans leur
classement de la Russie et la posent souvent comme élément du péril jaune
ou tout au moins comme son antichambre vers l’Europe : pour les nationa-
listes français et allemands, la Russie a des intérêts économiques communs
avec la Chine autour de l’exploitation de la Sibérie. La construction du
Transsibérien est perçue comme le lien matériel qui permettra aux Jaunes
d’arriver jusqu’en Europe. Après 1917, la parallèle deviendra classique et le
bolchevisme sera régulièrement assimilé aux hordes gengiskhanides. Para-
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doxalement, la Russie n’échappe pas à cette peur » . Si le péril jaune était
déjà d’actualité en Russie avant le déclenchement de la guerre russo-
japonaise, il se trouve amplifié en 1905 après la chute de Port-Arthur appré-
hendé comme le début du recul de l’Occident. Si le mythe du péril jaune
permet aux nationalistes russes de justifier la domination coloniale, elle leur
permet également de dénoncer la prétendue collusion Jaunes-Juifs-rouges.
Marlène Laruelle écrit que l’extrême droite russe « se focalisera parfois plus
sur la question jaune que sur la juive ou assimilera les deux en un ennemi
commun encerclant la Russie d’est en ouest ». En fait, pour l’extrême droite,
« Jaunes et Rouges sont synonymes, complotant ensemble contre la Russie
dans l’espoir de déclencher un soulèvement révolutionnaire depuis la Sibé-
rie ». De même, Gérard Siary écrit qu’en Russie : « Tour à tour, le Japonais
est représenté en macaque, en vil troupier de la nuit par contraste avec le
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courage frontal de l’Africain, en juif enfin » . La prétendue collusion
Jaunes-Juifs-rouges, ou juif-rouge, ou bien encore jaune rouge, c’est ce
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qu’illustrent deux caricaturistes français : Castor et Mille .

79 L. Aubert, Paix japonaise, Collin, 1906.
80 Marmonier, La Flèche, n 73, octobre 1904, Lithographie aquarellée.
81 F. Martin, Le Japon vrai, Bibliothèque-Charpentier, 1898.
82 M. Laruelle, Carnets de l’exotisme, mai 2005, n 5.
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83 G. Siary, L’ours et le singe : perceptions européennes de la guerre russo-japonaise.
84 Castor, Le rêve des vautours d’Israël, janvier 1905, lithographie aquarellée.

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