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154 | Le péril jaune est en nous
pour le monde chrétien, ce fut l’Infidèle ; il se pourrait que, pour les sociétés de
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demain, l’adversaire fût le Jaune » .
On le voit, l’auteur explique que la menace est bien ressentie comme réelle par
les Occidentaux, et correspond à la vision du tableau de Guillaume II. Mais en
ce qui le concerne, il pense qu’elle ne se concrétisera que dans un futur plus
lointain. En fait, c’est sur le plan économique qu’il redoute le péril en question :
« La victoire du Japon sur la Russie serait le point de départ d’une ère nouvelle
où la race jaune, sous l’impulsion des Nippons, adopterait tous les procédés et
les outils de notre civilisation ; il en résulterait pour l’Europe des perturbations
économiques qui retarderaient singulièrement la solution des grandes questions
sociales qui intéressent le monde du travail ». Il ajoute qu’il « est dans la na-
ture des états fondés sur le mercantilisme de se contenter d’une politique au
jour le jour, sans vues générales et sans idéalisme, satisfaite du bénéfice im-
médiat et inhabile à préparer un lointain avenir ». Il pense que trop d’intérêts
divergents, d’ambitions rivales et de haines vivaces divisent les Européens. Il
en conclut que le vrai péril jaune est en nous : « Si menaçant que soit le dan-
ger extérieur, on peut craindre que les rancunes politiques ne sachent pas se
taire et que l’ennemi du dehors ne trouve au-dedans des complices ou au
moins des auxiliaires inconscients. La puissance du Japon, plus encore que
de ses régiments et de ses cuirassées, est faite de nos discordes, de l’absence
d’un idéal capable de soulever les peuples européens au-dessus de la re-
cherche quotidienne de leurs intérêts immédiats et de faire passer dans tous
les cœurs le frisson d’une émotion commune. Le vrai péril jaune, c’est en
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nous qu’il faudrait le combattre » . Le vrai péril jaune viendrait donc des
rivalités et du manque d’idéal des nations européennes aveuglées par leurs
intérêts immédiats au détriment d’une vision commune et généreuse du futur.
Cette analyse rejoint celle d’Edmond Théry formulée quelques années avant.
XVIII. La guerre des races
Louis Aubert écrit qu’aussitôt « après la déclaration de guerre, en Russie
naturellement, mais aussi en France, en Belgique, surtout en Allemagne, on
évoqua le péril jaune, la lutte des races : « Blancs contre Jaunes, civilisés
contre barbares, chrétiens contre païens. C’était la philosophie des dessins de
Guillaume II : l’archange Michel, glaive levé, menaçant les Jaunes ; c’était
aussi la philosophie de ses propos sur les États-Unis d’Europe croisés contre
la Barbarie. Après Liao-Yang, après Moukden, confusément on se représen-
tait le monde jaune – Coréens, Siamois, Annamites, Chinois, conduits par le
77 R. Pinon, La lutte pour le Pacifique, op. cit.
78 R. Pinon, La lutte pour le Pacifique, op. cit., p. 185.
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pour le monde chrétien, ce fut l’Infidèle ; il se pourrait que, pour les sociétés de
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demain, l’adversaire fût le Jaune » .
On le voit, l’auteur explique que la menace est bien ressentie comme réelle par
les Occidentaux, et correspond à la vision du tableau de Guillaume II. Mais en
ce qui le concerne, il pense qu’elle ne se concrétisera que dans un futur plus
lointain. En fait, c’est sur le plan économique qu’il redoute le péril en question :
« La victoire du Japon sur la Russie serait le point de départ d’une ère nouvelle
où la race jaune, sous l’impulsion des Nippons, adopterait tous les procédés et
les outils de notre civilisation ; il en résulterait pour l’Europe des perturbations
économiques qui retarderaient singulièrement la solution des grandes questions
sociales qui intéressent le monde du travail ». Il ajoute qu’il « est dans la na-
ture des états fondés sur le mercantilisme de se contenter d’une politique au
jour le jour, sans vues générales et sans idéalisme, satisfaite du bénéfice im-
médiat et inhabile à préparer un lointain avenir ». Il pense que trop d’intérêts
divergents, d’ambitions rivales et de haines vivaces divisent les Européens. Il
en conclut que le vrai péril jaune est en nous : « Si menaçant que soit le dan-
ger extérieur, on peut craindre que les rancunes politiques ne sachent pas se
taire et que l’ennemi du dehors ne trouve au-dedans des complices ou au
moins des auxiliaires inconscients. La puissance du Japon, plus encore que
de ses régiments et de ses cuirassées, est faite de nos discordes, de l’absence
d’un idéal capable de soulever les peuples européens au-dessus de la re-
cherche quotidienne de leurs intérêts immédiats et de faire passer dans tous
les cœurs le frisson d’une émotion commune. Le vrai péril jaune, c’est en
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nous qu’il faudrait le combattre » . Le vrai péril jaune viendrait donc des
rivalités et du manque d’idéal des nations européennes aveuglées par leurs
intérêts immédiats au détriment d’une vision commune et généreuse du futur.
Cette analyse rejoint celle d’Edmond Théry formulée quelques années avant.
XVIII. La guerre des races
Louis Aubert écrit qu’aussitôt « après la déclaration de guerre, en Russie
naturellement, mais aussi en France, en Belgique, surtout en Allemagne, on
évoqua le péril jaune, la lutte des races : « Blancs contre Jaunes, civilisés
contre barbares, chrétiens contre païens. C’était la philosophie des dessins de
Guillaume II : l’archange Michel, glaive levé, menaçant les Jaunes ; c’était
aussi la philosophie de ses propos sur les États-Unis d’Europe croisés contre
la Barbarie. Après Liao-Yang, après Moukden, confusément on se représen-
tait le monde jaune – Coréens, Siamois, Annamites, Chinois, conduits par le
77 R. Pinon, La lutte pour le Pacifique, op. cit.
78 R. Pinon, La lutte pour le Pacifique, op. cit., p. 185.
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