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Revue de l’Institut du Monde et du Développement | 153
l’observation de « vigoureux traits lancés à droite » par lesquels « l’Asiatique
cherche à prendre à l’Occident quelques-unes des forces dont la nature a livré
les secrets à ceux qui savent marcher avec le temps ». On remarque aussi des
traits aigus dirigés parfois vers la gauche. Ils sont autant de « javelots lancés
vers l’ennemi, dans un geste essentiellement agressif qui caractérise bien ce
peuple remuant, souple et batailleur ». En écrivant en Français, on note que le
Japonais « perd, quand il sort de sa sphère native, l’esprit d’invention, et prend
alors avec plus de jugement l’esprit de réalisation ». On en conclut qu’en « ve-
nant s’instruire en Europe, les Japonais sont passés du rêve à l’action ». Ce-
pendant, ils n’ont pas que des défauts. Doués du sens de l’harmonie, ses traits
laissent aussi « deviner la grâce des mousmés ».
XVII. Le péril jaune selon René Pinon
René Pinon précise comment le péril jaune est ressenti lors de la guerre russo-
japonaise : a « L’évolution de l’opinion publique dans les divers pays du monde
civilisé, dans les semaines qui ont suivi le commencement de la guerre, a mon-
tré encore comment, sous l’influence des événements d’Extrême-Orient, se
renforce peu à peu, dans la conscience des peuples, une notion qui, en Europe,
commençait à s’affaiblir et à s’effacer, celle d’un ennemi extérieur menaçant de
détruire leur civilisation et leur vie. Peu à peu, à mesure que les événements se
déroulent, que le conflit prend de l’ampleur et menace de s’étendre à la Chine,
les foules, quelles qu’aient été leurs préférences au premier moment,
s’inquiètent des conséquences futures de ce prodigieux bouleversement du
monde jaune. Les augures peuvent se demander s’il y a un péril jaune, l’opinion
des peuples y croit ; elle redoute ces révolutions de l’Asie qui ont jadis jeté sur
l’Occident les vagues successives des invasions barbares ; elle constate que,
chaque fois que l’Europe a pris contact avec l’Extrême-Orient, il en est résulté
de sanglants épisodes et un progrès nouveau des jaunes dans la voie des arme-
ments et dans la haine des étrangers. Quoi qu’on en pense, le péril jaune appa-
raît, dès maintenant, dans l’imagination des peuples, tel que l’a représenté, dans
son fameux dessin, l’empereur Guillaume II : dans un décor d’incendie et de
carnage, les hordes japonaises et chinoises se répandent sur l’Europe, foulant
aux pieds les ruines de nos capitales, détruisant nos civilisations anémiées par
toutes les jouissances du luxe et corrompues par l’orgueil de l’esprit. Ainsi, peu
à peu, commence à se dégager cette idée que même si un jour doit venir (et ce
jour ne me semble pas proche) où les peuples européens cesseront d’être, les
uns pour les autres, des ennemis et même des rivaux économiques, il leur reste-
ra des luttes à soutenir et ils verront se dresser devant eux, comme un péril nou-
veau, l’homme jaune et l’homme noir. Le monde civilisé s’est toujours organisé
en face d’un adversaire et contre lui : pour le monde romain, ce fut le barbare ;
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l’observation de « vigoureux traits lancés à droite » par lesquels « l’Asiatique
cherche à prendre à l’Occident quelques-unes des forces dont la nature a livré
les secrets à ceux qui savent marcher avec le temps ». On remarque aussi des
traits aigus dirigés parfois vers la gauche. Ils sont autant de « javelots lancés
vers l’ennemi, dans un geste essentiellement agressif qui caractérise bien ce
peuple remuant, souple et batailleur ». En écrivant en Français, on note que le
Japonais « perd, quand il sort de sa sphère native, l’esprit d’invention, et prend
alors avec plus de jugement l’esprit de réalisation ». On en conclut qu’en « ve-
nant s’instruire en Europe, les Japonais sont passés du rêve à l’action ». Ce-
pendant, ils n’ont pas que des défauts. Doués du sens de l’harmonie, ses traits
laissent aussi « deviner la grâce des mousmés ».
XVII. Le péril jaune selon René Pinon
René Pinon précise comment le péril jaune est ressenti lors de la guerre russo-
japonaise : a « L’évolution de l’opinion publique dans les divers pays du monde
civilisé, dans les semaines qui ont suivi le commencement de la guerre, a mon-
tré encore comment, sous l’influence des événements d’Extrême-Orient, se
renforce peu à peu, dans la conscience des peuples, une notion qui, en Europe,
commençait à s’affaiblir et à s’effacer, celle d’un ennemi extérieur menaçant de
détruire leur civilisation et leur vie. Peu à peu, à mesure que les événements se
déroulent, que le conflit prend de l’ampleur et menace de s’étendre à la Chine,
les foules, quelles qu’aient été leurs préférences au premier moment,
s’inquiètent des conséquences futures de ce prodigieux bouleversement du
monde jaune. Les augures peuvent se demander s’il y a un péril jaune, l’opinion
des peuples y croit ; elle redoute ces révolutions de l’Asie qui ont jadis jeté sur
l’Occident les vagues successives des invasions barbares ; elle constate que,
chaque fois que l’Europe a pris contact avec l’Extrême-Orient, il en est résulté
de sanglants épisodes et un progrès nouveau des jaunes dans la voie des arme-
ments et dans la haine des étrangers. Quoi qu’on en pense, le péril jaune appa-
raît, dès maintenant, dans l’imagination des peuples, tel que l’a représenté, dans
son fameux dessin, l’empereur Guillaume II : dans un décor d’incendie et de
carnage, les hordes japonaises et chinoises se répandent sur l’Europe, foulant
aux pieds les ruines de nos capitales, détruisant nos civilisations anémiées par
toutes les jouissances du luxe et corrompues par l’orgueil de l’esprit. Ainsi, peu
à peu, commence à se dégager cette idée que même si un jour doit venir (et ce
jour ne me semble pas proche) où les peuples européens cesseront d’être, les
uns pour les autres, des ennemis et même des rivaux économiques, il leur reste-
ra des luttes à soutenir et ils verront se dresser devant eux, comme un péril nou-
veau, l’homme jaune et l’homme noir. Le monde civilisé s’est toujours organisé
en face d’un adversaire et contre lui : pour le monde romain, ce fut le barbare ;
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