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152 | Le péril jaune est en nous
XVI. Le péril jaune rendu manifeste par l’écriture
Dans La race supérieure, Pierre Mille conteste la croyance en la supériorité de
la race blanche impliquant qu’elle « progresse perpétuellement, tandis que
d’autres races, la Chinoise par exemple, se sont arrêtées à un degré de civilisa-
tion qu’elles ne dépasseront plus, et que les noirs d’Afrique demeureront dans
une éternelle enfance ». Il précise que c’est à partir des victoires remportées
par les Japonais lors de la guerre russo-japonaise, que la question du péril jaune
devient bien réelle dans la conscience des Occidentaux. Comme raison confor-
tant les Blancs dans leur prétendue supériorité, figure le fait, pour les Chinois
et les Japonais, d’avoir gardé leur écriture idéographique qui dénotait chez eux
« une irréparable infériorité mentale ». En effet, l’usage de l’écriture alphabé-
tique devait « suffire à prouver l’excellence des cerveaux européens, et leur
conserver la maîtrise du monde. Qu’un même signe, suivant la place qu’il
occupait dans la phrase, pût signifier trois ou quatre choses différentes ; qu’il y
eut ainsi 40 000 ou 60 000 signes ou modifications de signes, quelle preuve de
faiblesse intellectuelle ! On aurait pu se demander si, en apprenant son écriture,
le Chinois ou le Japonais n’apprenait pas, non seulement à écrire, mais à rai-
sonner ; s’il n’acquérait pas par cet exercice une prestesse et une mémoire
visuelle bien précieuse dans l’étude des sciences naturelles et des sciences
75
appliquées… » À propos de l’accusation dédaigneuse de considérer les Japo-
nais comme de simples imitateurs et rien de plus, Pierre Mille constate qu’en
étant capables de manœuvrer des armées, des flottes, d’utiliser des mécanismes
compliqués, les Japonais viennent de prouver au monde qu’ils possèdent un
esprit critique et un sens de l’adaptation supérieur à leurs rivaux actuels dans
l’utilisation des armements modernes. Donc, si les Japonais imitent, « ils imi-
tent utilement, ils imitent mieux que leurs adversaires ». L’auteur précise en-
suite qu’on doit considérer que l’hypothèse de la prééminence politique et
économique de la race blanche a atteint ses limites d’expansion, et qu’elle est
maintenant appelée à décliner.
76
Dans un article intitulé Le péril jaune rendu manifeste par l’écriture , il res-
sort que le Japonais, à coups nets, tranchants, trace des signes qui « traduisent
bien la nature d’impulsivité batailleur » du peuple auquel il appartient. Les
traits descendants illustrent son égotisme et son obstination tandis que
l’écriture verticale « qui force le scripteur à revenir sans cesse à lui-même
traduisent un orgueil immense, une vanité sans mesure qui sont les caractéris-
tiques de l’âme japonaise dont la conscience aux mille replis restera toujours
mystérieuse pour nous ». Mais le plus inquiétant sans doute relève de
75 P. Mille, « La race supérieure », La Revue de Paris, 15 février 1905.
76 « Le péril jaune rendu manifeste par l'écriture », L'Almanach Hachette, 1905.
RIMD – n o 3 – 2012
XVI. Le péril jaune rendu manifeste par l’écriture
Dans La race supérieure, Pierre Mille conteste la croyance en la supériorité de
la race blanche impliquant qu’elle « progresse perpétuellement, tandis que
d’autres races, la Chinoise par exemple, se sont arrêtées à un degré de civilisa-
tion qu’elles ne dépasseront plus, et que les noirs d’Afrique demeureront dans
une éternelle enfance ». Il précise que c’est à partir des victoires remportées
par les Japonais lors de la guerre russo-japonaise, que la question du péril jaune
devient bien réelle dans la conscience des Occidentaux. Comme raison confor-
tant les Blancs dans leur prétendue supériorité, figure le fait, pour les Chinois
et les Japonais, d’avoir gardé leur écriture idéographique qui dénotait chez eux
« une irréparable infériorité mentale ». En effet, l’usage de l’écriture alphabé-
tique devait « suffire à prouver l’excellence des cerveaux européens, et leur
conserver la maîtrise du monde. Qu’un même signe, suivant la place qu’il
occupait dans la phrase, pût signifier trois ou quatre choses différentes ; qu’il y
eut ainsi 40 000 ou 60 000 signes ou modifications de signes, quelle preuve de
faiblesse intellectuelle ! On aurait pu se demander si, en apprenant son écriture,
le Chinois ou le Japonais n’apprenait pas, non seulement à écrire, mais à rai-
sonner ; s’il n’acquérait pas par cet exercice une prestesse et une mémoire
visuelle bien précieuse dans l’étude des sciences naturelles et des sciences
75
appliquées… » À propos de l’accusation dédaigneuse de considérer les Japo-
nais comme de simples imitateurs et rien de plus, Pierre Mille constate qu’en
étant capables de manœuvrer des armées, des flottes, d’utiliser des mécanismes
compliqués, les Japonais viennent de prouver au monde qu’ils possèdent un
esprit critique et un sens de l’adaptation supérieur à leurs rivaux actuels dans
l’utilisation des armements modernes. Donc, si les Japonais imitent, « ils imi-
tent utilement, ils imitent mieux que leurs adversaires ». L’auteur précise en-
suite qu’on doit considérer que l’hypothèse de la prééminence politique et
économique de la race blanche a atteint ses limites d’expansion, et qu’elle est
maintenant appelée à décliner.
76
Dans un article intitulé Le péril jaune rendu manifeste par l’écriture , il res-
sort que le Japonais, à coups nets, tranchants, trace des signes qui « traduisent
bien la nature d’impulsivité batailleur » du peuple auquel il appartient. Les
traits descendants illustrent son égotisme et son obstination tandis que
l’écriture verticale « qui force le scripteur à revenir sans cesse à lui-même
traduisent un orgueil immense, une vanité sans mesure qui sont les caractéris-
tiques de l’âme japonaise dont la conscience aux mille replis restera toujours
mystérieuse pour nous ». Mais le plus inquiétant sans doute relève de
75 P. Mille, « La race supérieure », La Revue de Paris, 15 février 1905.
76 « Le péril jaune rendu manifeste par l'écriture », L'Almanach Hachette, 1905.
RIMD – n o 3 – 2012

