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146 | Le péril jaune est en nous
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jaune anglo-japonais contre l’empire moscovite . On en trouve aussi une va-
riante, l’image de l’Angleterre ayant trouvé un soldat en Extrême-Orient. Il
s’agit toujours pour Albion de mettre un frein à la domination russe en Mand-
chourie, domination qui signifie la ruine du commerce britannique dans cette
partie du monde, et une menace pour l’empire des Indes. Avec le déclenche-
ment de la guerre russo-japonaise, cette thèse se trouve légitimée, et nombre
d’artistes la soutiennent. Léal da Camara nous montre le Nippon sous les traits
d’un pantin articulé par John Bull qui se bat contre les Russes par Japonais
57
interposés . Mille représente Édouard VII caché derrière un masque japonais,
58
faisant reculer le général russe Kouropatkine en Mandchourie . On voit qu’en
dépit du rapprochement franco-britannique scellé le 8 avril 1904 par L’Entente
cordiale, toute trace d’anglophobie ne disparaît pas comme par enchantement
dans l’imaginaire des Français.
XII. La Chine bouge ! Sautez vieille Europe
En septembre 1904, à Liao-Yang, les Japonais écrasent les Russes qui sont
contraints de se replier sur Moukden. C’est une lourde défaite pour l’ours des
steppes qui ne fait que reculer sur terre et sur mer face à un adversaire détermi-
né à en découdre. La perception du conflit déborde du cadre du champ de ba-
taille, elle se mondialise, et le spectre du péril jaune se renforce. L’Illustration
du 10 septembre 1904 commente la défaite russe en écrivant qu’avec « la
Chine, dont l’avenir se discute en ces journées fatidiques, le tiers des êtres
humains qui peuplent la planète est lié à la fortune du vainqueur ; ce ne sont
donc pas deux nations qui s’étreignent, ce sont deux mondes qui s’affrontent et
se jettent pour la première fois un défi destiné à conduire ensuite à bien
d’autres corps à corps ». Dans la presse on parle aussi de « choc apocalyp-
tique », de « phénomène cosmique », de « crue géante » et de « typhon sau-
vage » qui menacent de submerger l’Europe. Dans la caricature, la nouvelle
menace japonaise se cumule avec celle plus ancienne des masses chinoises
déferlant sur l’Europe comme l’illustre Myrra avec une estampe intitulée La
Chine bouge ! Sautez vieille Europe. Bianco qui associe aussi la Chine dans
ses représentations du péril jaune, compose une série de trois estampes dont la
première, intitulée Le péril jaune, cauchemar européen, nous montre les chefs
des grandes puissances dormant alors que l’empire céleste déverse les masses
chinoises sur les dormeurs. Sur la deuxième : Le péril jaune, 1er réveil, c’est
Nicolas II qui s’éveille le premier pour affronter le Mikado derrière lequel se
cachent les Chinois. Ici, l’envahisseur est aussi représenté par des serpents qui
o
56 Mille (pseudonyme de Marmonier), L’Arc-en-ciel, n 5, 1904.
57 Léal da Camara, série Le Carillon, 1904.
58 Mille, L’Arc-en-ciel, 1905, n 32.
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jaune anglo-japonais contre l’empire moscovite . On en trouve aussi une va-
riante, l’image de l’Angleterre ayant trouvé un soldat en Extrême-Orient. Il
s’agit toujours pour Albion de mettre un frein à la domination russe en Mand-
chourie, domination qui signifie la ruine du commerce britannique dans cette
partie du monde, et une menace pour l’empire des Indes. Avec le déclenche-
ment de la guerre russo-japonaise, cette thèse se trouve légitimée, et nombre
d’artistes la soutiennent. Léal da Camara nous montre le Nippon sous les traits
d’un pantin articulé par John Bull qui se bat contre les Russes par Japonais
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interposés . Mille représente Édouard VII caché derrière un masque japonais,
58
faisant reculer le général russe Kouropatkine en Mandchourie . On voit qu’en
dépit du rapprochement franco-britannique scellé le 8 avril 1904 par L’Entente
cordiale, toute trace d’anglophobie ne disparaît pas comme par enchantement
dans l’imaginaire des Français.
XII. La Chine bouge ! Sautez vieille Europe
En septembre 1904, à Liao-Yang, les Japonais écrasent les Russes qui sont
contraints de se replier sur Moukden. C’est une lourde défaite pour l’ours des
steppes qui ne fait que reculer sur terre et sur mer face à un adversaire détermi-
né à en découdre. La perception du conflit déborde du cadre du champ de ba-
taille, elle se mondialise, et le spectre du péril jaune se renforce. L’Illustration
du 10 septembre 1904 commente la défaite russe en écrivant qu’avec « la
Chine, dont l’avenir se discute en ces journées fatidiques, le tiers des êtres
humains qui peuplent la planète est lié à la fortune du vainqueur ; ce ne sont
donc pas deux nations qui s’étreignent, ce sont deux mondes qui s’affrontent et
se jettent pour la première fois un défi destiné à conduire ensuite à bien
d’autres corps à corps ». Dans la presse on parle aussi de « choc apocalyp-
tique », de « phénomène cosmique », de « crue géante » et de « typhon sau-
vage » qui menacent de submerger l’Europe. Dans la caricature, la nouvelle
menace japonaise se cumule avec celle plus ancienne des masses chinoises
déferlant sur l’Europe comme l’illustre Myrra avec une estampe intitulée La
Chine bouge ! Sautez vieille Europe. Bianco qui associe aussi la Chine dans
ses représentations du péril jaune, compose une série de trois estampes dont la
première, intitulée Le péril jaune, cauchemar européen, nous montre les chefs
des grandes puissances dormant alors que l’empire céleste déverse les masses
chinoises sur les dormeurs. Sur la deuxième : Le péril jaune, 1er réveil, c’est
Nicolas II qui s’éveille le premier pour affronter le Mikado derrière lequel se
cachent les Chinois. Ici, l’envahisseur est aussi représenté par des serpents qui
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56 Mille (pseudonyme de Marmonier), L’Arc-en-ciel, n 5, 1904.
57 Léal da Camara, série Le Carillon, 1904.
58 Mille, L’Arc-en-ciel, 1905, n 32.
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