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144 | Le péril jaune est en nous
Aussi, sur une lithographie de Rostro datée de février 1904, devant une assiette
contenant un Russe piqué au bout d’une fourchette, Édouard VII boit-il à la
santé des Japonais. Légende : « Je bois aux Jaunes ! Dieu veuille que les Japo-
nais montrent aux Russes que nous sommes les maîtres du monde ! » Les États-
Unis qui prétendent dominer le Pacifique et veulent imposer la politique de la
« porte ouverte » pour s’assurer des débouchés commerciaux, redoutent une
extension de la puissance russe en Asie. Ils comptent que le monde jaune, avec
ses centaines de millions d’habitants, absorbe longtemps encore, comme une
immense éponge, les produits de leurs industries. De plus, l’Américain a hor-
reur de l’autocratie tsariste présentée par la presse comme un régime atroce et
rétrograde. Sa sympathie va vers le Japon, symbole d’un état moderne, civilisé
et prometteur de progrès pacifique : « Race jaune contre race blanche, barbares
contre civilisés, païens contre chrétiens ! Voilà des mots et des craintes
d’Europe qui n’ont point eu de prise sur l’opinion américaine : presque unani-
mement, elle a témoigné ses sympathies aux Japonais contre les Russes ». Dès
l’ouverture des hostilités, nombreuses sont les démonstrations en faveur des
Nippons. Aussi, dans la caricature du début du conflit, l’oncle Sam est-il sou-
50
vent représenté en compagnie d’Édouard VII et du Mikado . Mais préoccupé
des conséquences qu’une attitude trop partiale pourrait amener, le gouverne-
ment américain se dissocie du mouvement qui porte une grande partie du
peuple vers les Japonais. Il se limite à affirmer les droits du commerce des
États-Unis en Mandchourie. Le président Roosevelt se gardant en particulier de
tout mouvement irréfléchi, s’efforce d’imposer à tous le respect de la neutralité
officiellement proclamée. En exigeant des grandes puissances européennes le
respect de leur neutralité, le président américain commence à acquérir une sta-
ture d’arbitre sur le plan mondial comme l’illustre Rostro avec une lithographie
de février 1904 le représentant en gendarme du monde : « Le premier qui
51
bouge » .
Même si quelques rares révolutionnaires ne partagent pas l’illusion d’un Japon
vertueux, le mouvement socialiste international soutient sa cause : « Dans la
lutte qui met aux prises Russes et Japonais, l’ardente sympathie des partis socia-
listes va tout droit au Japon, comme au représentant de la civilisation ; son
triomphe sera le triomphe de la raison éclairée par la science contre
l’obscurantisme, le triomphe de la civilisation moderne contre le Moyen-Âge,
de la liberté des peuples contre l’absolutisme des rois, de la Révolution contre la
réaction. Dans l’espérance des dirigeants du socialisme, le Japon est le bélier
formidable qui porte les premiers coups et commence d’ébranler la forteresse
où tous les préjugés qui enchaînaient l’humanité et paralysaient son essor résis-
50 Marmonier, série La Flèche, 1904, Lithographie aquarellée.
51 Rostro, Lithographie, Roosevelt, 1904.
RIMD – n o 3 – 2012
Aussi, sur une lithographie de Rostro datée de février 1904, devant une assiette
contenant un Russe piqué au bout d’une fourchette, Édouard VII boit-il à la
santé des Japonais. Légende : « Je bois aux Jaunes ! Dieu veuille que les Japo-
nais montrent aux Russes que nous sommes les maîtres du monde ! » Les États-
Unis qui prétendent dominer le Pacifique et veulent imposer la politique de la
« porte ouverte » pour s’assurer des débouchés commerciaux, redoutent une
extension de la puissance russe en Asie. Ils comptent que le monde jaune, avec
ses centaines de millions d’habitants, absorbe longtemps encore, comme une
immense éponge, les produits de leurs industries. De plus, l’Américain a hor-
reur de l’autocratie tsariste présentée par la presse comme un régime atroce et
rétrograde. Sa sympathie va vers le Japon, symbole d’un état moderne, civilisé
et prometteur de progrès pacifique : « Race jaune contre race blanche, barbares
contre civilisés, païens contre chrétiens ! Voilà des mots et des craintes
d’Europe qui n’ont point eu de prise sur l’opinion américaine : presque unani-
mement, elle a témoigné ses sympathies aux Japonais contre les Russes ». Dès
l’ouverture des hostilités, nombreuses sont les démonstrations en faveur des
Nippons. Aussi, dans la caricature du début du conflit, l’oncle Sam est-il sou-
50
vent représenté en compagnie d’Édouard VII et du Mikado . Mais préoccupé
des conséquences qu’une attitude trop partiale pourrait amener, le gouverne-
ment américain se dissocie du mouvement qui porte une grande partie du
peuple vers les Japonais. Il se limite à affirmer les droits du commerce des
États-Unis en Mandchourie. Le président Roosevelt se gardant en particulier de
tout mouvement irréfléchi, s’efforce d’imposer à tous le respect de la neutralité
officiellement proclamée. En exigeant des grandes puissances européennes le
respect de leur neutralité, le président américain commence à acquérir une sta-
ture d’arbitre sur le plan mondial comme l’illustre Rostro avec une lithographie
de février 1904 le représentant en gendarme du monde : « Le premier qui
51
bouge » .
Même si quelques rares révolutionnaires ne partagent pas l’illusion d’un Japon
vertueux, le mouvement socialiste international soutient sa cause : « Dans la
lutte qui met aux prises Russes et Japonais, l’ardente sympathie des partis socia-
listes va tout droit au Japon, comme au représentant de la civilisation ; son
triomphe sera le triomphe de la raison éclairée par la science contre
l’obscurantisme, le triomphe de la civilisation moderne contre le Moyen-Âge,
de la liberté des peuples contre l’absolutisme des rois, de la Révolution contre la
réaction. Dans l’espérance des dirigeants du socialisme, le Japon est le bélier
formidable qui porte les premiers coups et commence d’ébranler la forteresse
où tous les préjugés qui enchaînaient l’humanité et paralysaient son essor résis-
50 Marmonier, série La Flèche, 1904, Lithographie aquarellée.
51 Rostro, Lithographie, Roosevelt, 1904.
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