Page 143 - RIMD_2012_3
P. 143
Revue de l’Institut du Monde et du Développement | 143

44
quette » . On les compare aussi à des « roquets enragés » qui « seront chassés à
coups de casquettes ». Dans la caricature française, c’est Delcassé qui est repré-
senté en roquet en raison de sa petite taille, ce qui lui vaut d’ailleurs le qualifica-
45
tif de « lilliputien halluciné » de la part de Jaurès. La chanson À bas le Mikado
met en présence l’ours moscovite et le roquet japonais, image que l’on retrouve
46
dans le dessin satirique . Dans un article sur la mentalité japonaise, on apprend
que par sa traîtrise, le Japonais apparaît sous son vrai visage : « Férocité asia-
tique sous un mince vernis de progrès à l’européenne, fausse laque qui se fen-
dille et saute au premier choc ». On représente aussi la sainte Russie luttant
contre un Japon associé aux forces du mal où le diable nippon blesse de sa
47
fourche l’ange de la sainte Russie . Nouvelle version donc du péril jaune
transposé, dans une dimension religieuse, à la lutte entre le bien et le mal, donc
entre la chrétienté et le bouddhisme comme l’a exposé Guillaume II en 1895
dans son tableau Le péril jaune. Certains caricaturistes nous montrent un Asia-
48
tique avec un couteau entre les dents pour illustrer la réalité du péril jaune .
Ce cliché sera repris en 1919 pour figurer le péril bolchevique, puis plus tard,
Hitler et Staline seront eux aussi représentés un couteau entre les dents suivant
les besoins de la propagande. On note qu’en 1904, dès le premier coup de ca-
non, une multitude d’images apparaissent montrant que le péril jaune devient
une réalité dans la conscience des Européens.

X. Je bois aux Jaunes

Si du côté russe et français on estime que les Japonais portent l’entière respon-
sabilité de la guerre, l’amiral Togo ayant traîtreusement attaqué les vaisseaux
russes ; les Anglais pensent au contraire qu’en abusant le Japon par une comé-
die pacifiste, le tzar a rendu le conflit inévitable. À Londres, la foule acclame le
« cher petit Japon » et se délecte aux dépêches sensationnelles lui annonçant les
exploits des torpilleurs et des cuirassés japonais qui d’ailleurs pour la plupart
sortent des usines britanniques. Aussi, dans Le coup du père François est-il tout
49
naturel de voir John Bull se réjouir de l’attaque-surprise des Japonais . En
Grande-Bretagne, l’engouement pour le « little Jap » est en effet extraordinaire.
John Bull y voit le champion intrépide des intérêts britanniques, assez téméraire
pour s’attaquer au seul géant capable d’imposer une limite à l’essor de son Em-
pire. À Londres, c’est de tout coeur que l’on souhaite la victoire des Japonais.

44 G. Alexinsky, La Russie moderne, Flamarion, 1917.
45 M. Gallo, Le grand Jaurès, Robert Laffont, 1984.
46 Lavigne, Lithographie, 1904.
47 La Flèche n 4, 1904, par Marmonier, lithographie aquarellée.
o
48 Delamarre, carte postale intitulée Le péril jaune, 1904, dessin aquarellé, recopié à
quelques exemplaires
49 Caricature par Orens, série La guerre russo-japonaise, mars 1904, Lithographie.

RIMD – n o 3 – 2012
   138   139   140   141   142   143   144   145   146   147   148