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Revue de l’Institut du Monde et du Développement | 177

les autres intervenants sociaux, une politique éducative en prison implique inévi-
tablement de questionner les liens existant entre éducation, culture et réalité
sociale. Par conséquent, un travail intersectoriel avec les autres acteurs interve-
nant en milieu carcéral est indispensable : la sphère sociale, la santé, les psycho-
logues, voire les gardiens et autres fonctionnaires de l’administration péniten-
tiaire eux-mêmes doivent participer de cette construction commune.
Enfin, les résistances émanent en grande partie des détenus eux-mêmes, pour qui
l’acte éducatif est souvent le souvenir douloureux d’un échec ou le reflet d’un
monde auquel appartiennent ceux qui les ont jugés.
De fait, si on considère les revendications les plus fréquentes des prisonniers
relatives au respect de leurs droits, il nous faut reconnaître que leur droit à
l’éducation est rarement placé en haut de la liste. Et il serait naïf de considérer
que les remises de peine contre inscription dans des programmes éducatifs soient
avant tout le fruit d’une motivation impérieuse pour s’instruire.
Toutes ces tensions qui opèrent en prison sont donc le résultat de ce que Fanny
Salane appelle « l’effet institution » (l’institution carcérale régie par une logique
sécuritaire et répressive) et « l’effet établissement » (un espace où rien n’est fait
pour accueillir l’acte éducatif, pas même sa localisation puisque souvent les
établissements sont éloignés du centre-ville, aucun service de transport en com-
mun n’est prévu…).


IV. Promouvoir une éducation libératrice dans une institution de répression

Une fois ceci posé, en tant que bénévole ou professionnel de l’éducation, com-
ment peut-on assumer cette contradiction qui consiste à promouvoir une éduca-
tion libératrice dans une institution qui réprime ?
À travers Eurosocial, nous avons considéré que toute intervention en prison
participe d’une vision globale d’intervention : action sociale, éducation, santé,
relations familiales. Tout est lié. Et la transformation des espaces de vie et de
culture peut contribuer à inscrire l’action dans cette vision globale. Car, à sa
sortie, le détenu devra réapprendre tout ce qu’il aura désappris entre les murs de
la prison : l’esprit d’initiative, l’autonomie, la responsabilité individuelle et col-
lective pour la recherche d’un logement, l’organisation et la gestion d’un budget,
la gestion des relations sociales pour le bien vivre ensemble… Et c’est sans par-
ler des formations professionnelles parfois offertes derrière les barreaux sous
l’impulsion de motivations purement économiques de la part de leurs instiga-
teurs, entreprises privées trouvant là de la main-d'œuvre bon marché et peu sou-
cieuses d’offrir une formation sur des machines modernes et actuelles en adéqua-
tion avec le marché de l’emploi pour une adaptation aisée à la sortie.
En revanche, nous observons que l’éducation non formelle (activités théâtrales,
éducation physique et sportive, etc.) peut être un moyen de maintenir les liens
avec les codes précédemment cités pour une réinsertion dans la vie sociale à la




RIMD – n o 2 – 2011
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