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176 | L’éducation en prison en Amérique latine
éducation de qualité à l’intérieur de la prison alors que nous avons échoué à
l’extérieur.
Comme le signale Marc De Maeyer, expert sur l’éducation en prison de
l’UNESCO, « la prison est un lieu d’apprentissage pour l’être social ».
En effet, il ne s’agit pas de transformer la prison en école, mais de faire en sorte
que l’école puisse occuper sa place dans un contexte où logique répressive et
punition font loi. Et l’objectif de l’éducation en prison n’est pas de fabriquer des
délinquants cultivés, mais de former des citoyens qui, tôt ou tard, réintégreront la
société.
III. Les acteurs et les tensions du milieu carcéral
Plusieurs tensions s’opèrent en prison et ce n’est qu’en tentant d’établir un dia-
logue entre les différents acteurs en présence que le droit à l’éducation pourra
être garanti de façon efficace et opérationnelle. L’analyse des tensions existantes
et des acteurs en présence (autorités judiciaires, administration pénitentiaire,
autorités éducatives, autres intervenants sociaux, détenus eux-mêmes) est éclai-
rante.
À cet égard, il importe de souligner que les transferts successifs pour des juge-
ments ou pour déplacement d’une unité à une autre rendent difficile l’élaboration
d’un projet de formation. La création d’un dossier de suivi pouvant accompagner
le détenu dans ses transferts permettrait de construire un parcours pédagogique
formel.
En outre, l’administration pénitentiaire suit une logique de répression et de puni-
tion en fonction des actes commis à l’extérieur. Ses fonctionnaires sur le terrain
confondent parfois les notions de droit et de récompense. Or, parmi les droits des
détenus, il y a le droit à l’éducation. Il n’est pas rare de constater que les gardiens
de prison ont également eu un parcours scolaire sinueux, voire chaotique. C’est
pour cette raison qu’ils ont souvent bien du mal à accepter que l’on puisse accor-
der aux détenus un droit qui leur a été refusé à eux-mêmes. Aussi alimentent-ils
souvent l’image véhiculée par la prison comme étant l’école du crime et de la
délinquance qu’il est nécessaire de réprimer.
Or, pour travailler dans un contexte spécifique, une formation spécifique est
nécessaire. Cependant, force est de constater que les enseignants intervenant en
prison sont mal considérés et ne reçoivent que peu ou pas de ressources pour
mettre en œuvre leurs activités pédagogiques.
Au Salvador par exemple, l’éducation en prison n’était même pas prise en
compte sur les lignes budgétaires du ministère de l’Éducation. Aucun crédit ne
lui était donc alloué. En 2008, à l’occasion d’un séminaire de formation
d’enseignants sous l’égide du programme Eurosocial, au moment du diagnostic
initial, plusieurs professeurs ont indiqué qu’ils achetaient le matériel scolaire à
leurs frais afin de pouvoir mener à bien l’activité, car ils ne disposaient d’aucun
budget alloué par leur administration à cet effet. Par ailleurs, en ce qui concerne
RIMD – n o 2 – 2011
éducation de qualité à l’intérieur de la prison alors que nous avons échoué à
l’extérieur.
Comme le signale Marc De Maeyer, expert sur l’éducation en prison de
l’UNESCO, « la prison est un lieu d’apprentissage pour l’être social ».
En effet, il ne s’agit pas de transformer la prison en école, mais de faire en sorte
que l’école puisse occuper sa place dans un contexte où logique répressive et
punition font loi. Et l’objectif de l’éducation en prison n’est pas de fabriquer des
délinquants cultivés, mais de former des citoyens qui, tôt ou tard, réintégreront la
société.
III. Les acteurs et les tensions du milieu carcéral
Plusieurs tensions s’opèrent en prison et ce n’est qu’en tentant d’établir un dia-
logue entre les différents acteurs en présence que le droit à l’éducation pourra
être garanti de façon efficace et opérationnelle. L’analyse des tensions existantes
et des acteurs en présence (autorités judiciaires, administration pénitentiaire,
autorités éducatives, autres intervenants sociaux, détenus eux-mêmes) est éclai-
rante.
À cet égard, il importe de souligner que les transferts successifs pour des juge-
ments ou pour déplacement d’une unité à une autre rendent difficile l’élaboration
d’un projet de formation. La création d’un dossier de suivi pouvant accompagner
le détenu dans ses transferts permettrait de construire un parcours pédagogique
formel.
En outre, l’administration pénitentiaire suit une logique de répression et de puni-
tion en fonction des actes commis à l’extérieur. Ses fonctionnaires sur le terrain
confondent parfois les notions de droit et de récompense. Or, parmi les droits des
détenus, il y a le droit à l’éducation. Il n’est pas rare de constater que les gardiens
de prison ont également eu un parcours scolaire sinueux, voire chaotique. C’est
pour cette raison qu’ils ont souvent bien du mal à accepter que l’on puisse accor-
der aux détenus un droit qui leur a été refusé à eux-mêmes. Aussi alimentent-ils
souvent l’image véhiculée par la prison comme étant l’école du crime et de la
délinquance qu’il est nécessaire de réprimer.
Or, pour travailler dans un contexte spécifique, une formation spécifique est
nécessaire. Cependant, force est de constater que les enseignants intervenant en
prison sont mal considérés et ne reçoivent que peu ou pas de ressources pour
mettre en œuvre leurs activités pédagogiques.
Au Salvador par exemple, l’éducation en prison n’était même pas prise en
compte sur les lignes budgétaires du ministère de l’Éducation. Aucun crédit ne
lui était donc alloué. En 2008, à l’occasion d’un séminaire de formation
d’enseignants sous l’égide du programme Eurosocial, au moment du diagnostic
initial, plusieurs professeurs ont indiqué qu’ils achetaient le matériel scolaire à
leurs frais afin de pouvoir mener à bien l’activité, car ils ne disposaient d’aucun
budget alloué par leur administration à cet effet. Par ailleurs, en ce qui concerne
RIMD – n o 2 – 2011

