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174 | L’éducation en prison en Amérique latine

valoriser la complexité des problèmes et des défis que doit relever chacun des
pays d’Amérique latine pour atteindre des niveaux adéquats de cohésion sociale.
Ces pistes de réflexion se sont, bien entendu, appuyées sur le travail d’experts et
chercheurs internationaux, spécialistes du sujet.
La cohésion sociale est une problématique intersectorielle. Si nous considérons
que tous les secteurs de la société sont concernés, nous ne pouvons concevoir
l’acte éducatif uniquement à travers le secteur de l’éducation. Ceci reviendrait à
dire que son seul propos est de servir des intérêts économiques en faveur de la
paix sociale. Or, l’éducation doit permettre à chaque individu d’appréhender et
comprendre le monde, d’y concevoir des projets individuels et collectifs afin de
s’intégrer dans la société.
Si telle est sa mission, peut-on réellement envisager un changement dans le
monde carcéral, terre d’exclusion sociale par excellence ? Et quelle place y ré-
serve-ton à l’acte éducatif ?

1. L’éducation en prison

Pour parler de l’éducation en prison, il faut préalablement analyser ce qu’est le
contexte carcéral et les difficultés inhérentes à l’acte éducatif dans un espace
marginalisé et instrument de marginalisation tel que la prison. Les centres de
détention du continent latino-américain sont confrontés à un grave problème de
surpopulation. Ce phénomène est aiguisé dans certains pays où des gouverne-
ments conservateurs font valoir un durcissement des lois pénales au cours des
vingt dernières années. Par ailleurs, les retards dans les procédures judiciaires
conduisent souvent à des incarcérations préventives abusives et le taux de préve-
nus est en constante croissance face aux détenus jugés et condamnés.
Luz Adriana Jiménez, se référant au contexte colombien, nous indique ce qui
suit : « (…) es alarmante el aumento de los presos menores de edad, jóvenes y
adultos como resultado de la implementación de la llamada "guerra contra el
crimen" y "guerra contra el terrorismo", en las que se opta por el uso creciente de
1
la prisión como columna vertebral de la seguridad ciudadana » .
Si la tendance continue, en moins d’une décennie, la population pénitentiaire
aura doublé et cela aura des conséquences critiques sur la qualité des services à
offrir aux détenus auxquels ne peut absolument pas déroger la prison ; la santé, la
justice, une éducation de qualité sont autant de droits inaliénables dictés par la
Déclaration universelle des droits de l’homme. « (…) esta situación dificultaría
en gran medida la atención a los internos, en particular se complicaría ofrecer a





1 (…) L’augmentation du nombre des jeunes adultes et des mineurs en détention est alarmante. Ceci
est le résultat de la mise en pratique de ce qu’on a pour habitude d’appeler « la guerre contre le
crime » et « la guerre contre le terrorisme », où le recours chaque fois plus systématique à
l’incarcération constitue la colonne vertébrale de la sécurité citoyenne.

RIMD – n o 2 – 2011
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