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acteurs (communes, départements et régions). C’est autour de cette période
qu’une nouvelle approche globale apparaît, marquée par son caractère
transversal qui mélange les préoccupations sociales et urbaines. La poli-
tique de la ville dont les contours deviennent clairement définis vers les an-
nées 1990 affiche ouvertement son objectif de lutter contre les phénomènes
d’exclusion dans l’espace urbain et de favoriser l’insertion professionnelle,
sociale et culturelle des populations habitant dans les grands ensembles.
D’après François-Xavier Merrien (Merrien 2008), en dépit des succès pas-
sés incontestables de l’état social français, il semble avoir atteint ses limites
dans sa capacité à réduire les inégalités sociales. « D’une part, les salariés
du noyau dur de la force du travail et surtout les anciens salariés conti-
nuent de bénéficier de régimes de Sécurité sociale avantageux (en matière
de santé, de retraites) et d’un droit du travail protecteur. À l’autre extrémité,
les “outsiders” (jeunes sans qualifications ou sans expérience profession-
nelle, femmes sans qualifications) connaissent une détérioration rapide de
leur protection. Les contrats à durée déterminée et l’intérim sont devenus
la règle pour eux. Leurs conditions de travail ont des effets négatifs sur leurs
droits sociaux (plus particulièrement en matière d’assurance chômage et
surtout – sur le long terme – en matière d’assurance vieillesse). Par ailleurs,
les inégalités devant les bénéfices de la protection sociale demeurent fortes
et ne possèdent plus de légitimité » (Merrien 2008 : 75).

§ 2 — Inégalités sociales en France : indicateurs clés et typologie

On distingue habituellement trois types d’égalités qui doivent être respectés
dans la société. L’égalité des droits ou des conditions juridiques signifie que
tous les citoyens sont égaux devant la loi, comme le prévoit, en France, la
Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 en affirmant que
« les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit ». Ce droit est
également lié à l’égalité politique qui fait que la voix électorale de chaque
citoyen est égale à celle de l’autre. L’égalité des conditions matérielles d’exis-
tence signifie qu’il ne doit pas y avoir d’écarts excessifs de niveau de vie
entre différents groupes sociaux, notamment en termes de revenu ou de
patrimoine. Enfin, l’égalité des chances signifie que tout individu peut accé-
der aux positions sociales que lui permettent ses talents et ses capacités.
L’égalité politique est une des préoccupations fortes dans la société fran-
çaise. C’est l’égalité politique qui fut la première question posée par des
constituants de 1789 : en réaction à une société hiérarchisée en ordres,
l’objectif était de donner à chaque citoyen les mêmes droits. Les régimes
successifs ayant peu à peu remis en cause cette vision égalitaire, il faudra
attendre 1946 pour que tous les citoyens français aient le même poids dans
l’élection (Affilé, Gentil, Rimbert 2005 : 124).
La période de l’après-guerre est marquée par la lutte contre les inégalités de

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