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Le XX siècle, et notamment la période postérieure à la Seconde Guerre
mondiale, est marqué par une vaste expansion de l’état social et la mise en
place d’un système large des dispositifs de protection sociale. Tout juste à la
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sortie de la guerre est fondée la Sécurité sociale . Pierre Laroque est consi-
déré comme son fondateur, et l’ordonnance du 4 octobre 1945, comme son
acte de naissance. Elle repose sur quatre grands principes : l’universalité
(toute la population doit être couverte), l’unité (un seul système national
pour tous), l’uniformité (les mêmes droits pour tous), l’autonomie (de ges-
tion dans un cadre paritaire). Cet acquis social majeur change beaucoup les
conditions de travail salarial en France et ouvre une ère nouvelle de stabilité
et de sécurité pour des millions de travailleurs. La Sécurité sociale fait dis-
paraître l’incertitude des lendemains, garantissant travail, salaire et protec-
tion sociale à la quasi-totalité de la population active. La période des Trente
glorieuses a permis le développement de ce système jusqu’aux années 1980.
Depuis, la Sécurité sociale a fait l’objet de critiques de plus en plus vives, car
jugé trop coûteuse et pas toujours suffisamment efficace pour combattre
les inégalités sociales. Sur le plan économique, les cotisations sociales de
la Sécurité sociale sont jugées trop lourdes, ce qui empêche les entreprises
d’augmenter les embauches et de créer de nouveaux emplois. Ce risque est
capital dans le contexte actuel où l’accès à l’emploi constitue la plus forte
préoccupation, aussi bien au niveau individuel qu’au niveau de l’état. De
plus, on considère parfois que la protection sociale trop généreuse déres-
ponsabilise les individus et les incite à l’oisiveté.
Sur le plan du respect du principe d’égalité, on s’aperçoit que la Sécurité
sociale n’accorde pas systématiquement les mêmes droits à toutes les caté-
gories professionnelles. La segmentation en régimes professionnels – ré-
gime général et régimes particuliers (le régime général étant lui-même un
régime particulier) – fait que les conditions professionnelles de certaines
professions (fonctionnaires, agents des collectivités locales, de la SNCF, de
la RATP, d’EDF, des mines…) vont être plus avantageuses que d’autres, bien
qu’étant structurellement déficitaires (Merrien 2008 : 75).
Dans les années 1980, dans le cadre du mouvement de décentralisation, les
politiques d’action sociale se voient redessinées et confiées aux nouveaux
1 La Sécurité sociale est un service public de l’état, qui assure les risques sociaux des salariés,
des professions libérales, des travailleurs indépendants et des travailleurs non salariés. L’état
en a confié la gestion à divers organismes privés qui, de ce fait, sont chargés d’une mission de
service public. La Sécurité sociale fournit les prestations prévues par le Code de la Sécurité
sociale. Selon l’article L111-1 du Code de la Sécurité sociale : « L’organisation de la sécurité
sociale est fondée sur le principe de solidarité nationale. Elle garantit les travailleurs et leur
famille contre les risques de toute nature susceptibles de réduire ou de supprimer leur capa-
cité de gain. Elle couvre également les charges de maladie, de maternité, de paternité et des
charges de famille. Elle assure le service des prestations d’assurances sociales, d’accidents du
travail et de maladies professionnelles, des allocations de vieillesse, ainsi que le service des
prestations familiales » (Le nouveau dictionnaire de la santé publique et de l’action sociale,
2010 : 428-429).
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