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L ’égalité fait partie des valeurs fortes de la société française. Depuis la
Révolution de 1789, cette notion constitue un fondement de la société
française et de son modèle de cohésion sociale. Le fameux principe « liberté,
égalité, fraternité », connu et partagé par tous, a encore du sens aujourd’hui
pour la plupart des citoyens français. À travers différentes périodes qui ont
suivi la naissance de la république, le pays est resté fidèle à ces valeurs, l’éga-
lité étant toujours au centre de tout projet social ou politique. Encore de nos
jours, la question de l’égalité revient de manière récurrente dans les débats
publics de toute sorte et rares sont les partis politiques qui oublient d’en
parler, tant cette dimension est importante pour la majorité des citoyens
français.
Jacques Chevallier décrit ainsi l’attachement du peuple français aux valeurs
d’égalité et à une politique forte de l’état dans le domaine social : « le ser-
vice public a été érigé en France à la hauteur d’un véritable mythe, c’est-à-
dire une de ces images fondatrices, polarisant les croyances et condensant
les affects, sur lesquelles prend appui l’identité collective… Sur le socle de
croyances ainsi constitué s’est édifié un état fort, doté d’une identité forte-
ment affirmée et érigé en moteur d’intégration sociale » (Chevallier 2010 : 3).
En France, la lutte contre les inégalités sociales constitue une partie inté-
grante de la politique sociale de l’état. Cette dernière était dotée, depuis
longtemps, de moyens financiers conséquents. Son pilotage s’effectuait au
niveau central de l’état. Aujourd’hui encore, le gouvernement veille à ce
que la « justice sociale » soit respectée à tous les niveaux et dans tous les do-
maines de la vie ce qui se traduit par une politique interventionniste forte
et une redistribution importante des richesses entre les différents acteurs de
la société et les secteurs économiques.
On pourrait noter que, si ce modèle d’une politique sociale forte a perduré à
travers des décennies en France, c’est parce que, quelque part, elle aurait fait
ses preuves et servi les intérêts de la nation durant ces périodes. « L’exten-
sion de la gestion publique, imposée par la défaillance des mécanismes de
régulation économique et sociale, a contribué à forger le mythe d’un état
capable d’avoir réponse à tout ; et la propagation de ce mythe a alimenté en
retour une demande croissante d’interventionnisme, justifiant la création
de nouveaux services publics », commente Jacques Chevallier pour illus-
trer une forte expansion de l’interventionnisme étatique qui s’est produit
jusqu’aux années 1970, au moment où cette orientation commence à perdre
sa puissance et les grands réseaux de service public nationaux deviennent
l’objet d’une redéfinition en profondeur.
Malgré les efforts du passé et l’existence de nombreux dispositifs sociaux en-
core aujourd’hui, on observe que les inégalités sociales et économiques ont
tendance à s’accroître. Si elles étaient en baisse entre 1970 et 1985, suivies
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RIMD–n 4–2013
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